En 2015, on ne dit plus « gamer ». On dit « touriste virtuel ».

Assassin’s Creed Unity , c’est 4 millions de visiteurs de plus à Paris cet hiver (source).

Le jeu vidéo n’imite plus le réel, il l’augmente.

Visiter Paris au XVIIIe, c’est possible. Revivre la révolution française, c’est possible. Visiter Kyriat, pays imaginaire ressemblant bien fort au Tibet, c’est possible. Pour les non-gamers ou ceux qui ont vécu les trois derniers mois dans un abri post nucléaire sans accès au grand Tout, précisons que Paris, Kyriat, sont des destinations « virtuelles » : elles n’ont place que dans des jeux vidéo sortis tout récemment, j’ai nommé Assassin’s Creed Unity et Far Cry 4, 2 gros succès de cette fin d’année 2014.

Exit le 8 bit : maintenant, on parle de HD, et de 4K.

C’est que le temps a passé depuis Pac Man et les premiers Mario. La qualité des graphismes dans les jeux vidéo est montée à un niveau identique, voire supérieur à la photographie classique. Les initiatives de numérisation 4K fleurissent, telles ce projet.

Les gentils consommateurs ont majoritairement balancé leur vieille lucarne cathodique pour une dalle TFT, LED ou LCD. Une grande majorité de l’audience vidéo regarde ses séries en ultra HD, cette même majorité dont les enfants ont passé commande d’une console Next Gen (PS4, Wii U, Xbox One) cette année à Noël. Ça fait un paquet de monde, une sacrée audience potentielle.

Jeu vidéo et tourisme : du POV, avec l’interaction en plus.

La vidéo, ça fait 10 ans qu’on nous dit que c’est LE média du tourisme. Bon. Super. Ça reste une vidéo, et si on travaille pour un élu tatillon, exit l’effet buzz. Si on fait une vidéo longue et plate, elle vieillira bien, mais elle vieillira seule. Et la vidéo, c’est un média spectacle, mais à part la regarder, on n’y fait rien. Et on n’apprend, si on ne prend pas de note, pas grand chose non plus.

Fait intéressant, depuis l’arrivée d’Assassin’s Creed (un jeu où le personnage est propulsé dans une ère révolue dans des environnements antiques ou anciens tels Rome, New York, et Paris récemment), on parle de « simulation de tourisme historique ». Imaginons un FPS (First Person Shooter) prenant place à Fontainebleau, ou à Meaux pendant la première guerre mondiale ? Oubliez les diaporamas, les catalogues, les expographies : vous êtes là, au coeur, vous vivez l’expérience. Il n’y a qu’à regarder la tête des gens lorsqu’ils viennent de tester l’Oculus.

Mais, c’est quoi le rapport ?

Eh bien justement. Imaginons une vidéo dont le personnage principal c’est vous. Il y a un scénario, il y a un cheminement, il y a des acteurs. Mais vous êtes libre d’aller où vous voulez. Tiens, vous pourriez même tuer qui vous voulez (enfin, tout dépend du contexte, hein). Pour un peu, on vous demanderait de résoudre une enquête, de lever un mystère… De jouer, quoi.

Imaginons maintenant une telle application à vocation touristique. C’est vrai, pourquoi pas une extension d’Assassin’s Creed Unity à Vaux le Vicomte ? Votre quête principale : recomposer le mystère autour de Fouquet. Vos quêtes secondaires : découvrir le patrimoine, partir sur les traces de Le Nôtre dans les jardins… La projection virtuelle vous permettrait même, pourquoi pas, de rencontrer Louis XIV, ou l’homme au masque de fer…

Le tourisme virtuel, c’est pas nouveau.

Je suis vraiment un « vieux » gamer (je n’ai que 34 ans, mais en langage Nerd, je suis déjà vieux). Sur le PC de mon parrain, il y avait un monde extraordinaire où l’interaction était limitée, mais les paysages fantastiques, et l’histoire crédible : Myst. En 2015, je dirais que le story telling et l’expérience étaient remarquables. Je me souviens même d’un jeu en point’n clic (tu cliques et tu pointes dans le décor à la recherche d’indices) qui se passait au Mont Saint Michel. Une expérience de visite assez fun (ça a mal vieilli, c’était sur la console Philips), on pouvait même combattre un démon (le lien pour les curieux xd). C’était il y a plus de 15 ans. On en est où maintenant ?

En 2015, on a les moyens de vous faire rêver.

Numériser Paris à l’époque de la Révolution a pris 3 ans aux équipes d’Ubisoft. Combien de temps cela prendrait-il de numériser le Château de Fontainebleau ? Imaginons toute la data que nous, acteurs du tourisme, pourrions ajouter à cette couche d’assets et de polygones ! Il y a là un potentiel, et un  vrai challenge en matière de patrimoine. Tiens, le Comité Régional Paris Ile de France est-il conscient que plus de 3 millions de joueurs ont ratissé Paris cet hiver ? Je vous mets au défi d’y trouver une référence, hormis dans ce post (cf https://www.google.fr/search?sourceid=chrome-psyapi2&ion=1&espv=2&ie=UTF-8&q=CRT%20Paris%20AC%20unity)

En tourisme, depuis quelques années, on ne parle plus que d’expérience.

Et l’expérience, elle est au coeur du jeu vidéo. Votre Oculus sur le nez, vous partez à la découverte de mondes que vous ne connaissez pas encore, ou que vous redécouvrez avec une autre perspective (comme là). Etre un chevalier au coeur de la Guerre de 100 ans ? Pourquoi pas un Chivalry sauce institutionnelle ? Rien de tel pour en apprendre davantage sur Carcassonne, le moyen âge…Le tout sans file d’attente, sans contenu barbant mal tourné (ce qui est souvent le cas avec les tentatives « pédagogiques » autour du patrimoine ou de tous les jeux qui cherchent désespérément à « apprendre des trucs »), avec une vraie direction artistique et une ligne éditoriale bien punchy… J’achète, direct.

Les possibilités sont infinies : seules les initiatives manquent.

Une descente en snow kite sur le massif de Tignes ou Val Thorens ? C’est possible. Je ne sais pas pour vous, mais moi en tant que Gamer, et marketer institutionnel du tourisme, j’aimerais vraiment voir les éditeurs de jeu vidéo proposer ce genre de service. Je rêve d’un Vaux le Vicomte à explorer via le moteur Anvil (Ubisoft) ou Unreal Engine 4 (Epic). Je rêve de visiter les vieux quartiers de Londres à la recherche de Jack l’Eventreur avec mon Oculus Rift. Et je rêve de, par l’intermédiaire du jeu, vivre des expériences vraiment enrichissantes, pédagogiques, aussi déjantées que Far Cry et beaucoup moins rasantes qu’Alexandra Lederman. Et ça arrive

Pourvu que les institutionnels ne tombent pas dans le « piège Vtech ».

Les projets de jeu vidéo en tourisme, c’est pas neuf. Mais à chaque fois, ça a donné des choses sans aucun intérêt, voire carrément ennuyeuses d’un point de vue gameplay. J’ignore si vous avez des enfants, mais je vois bien nos élus réagir comme mes beaux parents face à un jouet Vtech: c’est fascinant ce que ça fait sur le papier. Mais les utilisateurs finaux, c’est encore plus fascinant ce qu’ils ne jouent pas avec !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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